Des philanthropes passent une soirée sous les ponts

Le Figaro - 1er juin 2016

Ils étaient plus de 200 sous le pont Alexandre III à rencontrer des associations qui aident les SDF. Une soirée qui a permis de collecter 60 000 euros.

GÉNÉROSITÉ Cette année, la Financière de l’Échiquier a décidé de transporter sa soirée annuelle caritative sous les ponts au Faust, un restaurant, salle de spectacle, installé directement sous le pont. Un lieu choisi pour sa symbolique puisque le thème était l’aide aux SDF et aux personnes en grande précarité. Deux cent vingt personnes ont répondu présent mi-avril à l’appel de Bénédicte Gueugnier, la présidente de la Fondation financière de l’Échiquier, la fondation de l’entreprise. Chaque année, la sœur de Didier Le Menestrel et son équipe donnent un coup de pouce à plusieurs associations. « La Fondation a un budget qui varie selon les années, mais qui avoisine 500 000 euros par an. Une partie vient des frais de gestion de deux fonds, Agressor et Excelcior, l’autre de donateurs », explique Bénédicte Gueugnier. Depuis la création de la fondation en 2005, elle a distribué près de 5 millions d’euros et 148 associations ont été soutenues.
Cette année, 60 000 euros ont été récoltés. Les promesses faites lors de cette soirée étaient de 30 000 euros, mais finalement l’assemblée s’est montrée plus généreuse que prévu. « La Fondation, qui est abritée à la Fondation de France, est habilitée à recevoir des dons ISF et, bien sûr, des dons qui ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu », précise Bénédicte Gueugnier.
« Les donateurs apprécient de rencontrer des personnes qui travaillent directement sur le terrain », ajoute-t-elle. Les dons que les personnes présentes font à la Fondation de l’Échiquier ne sont pas dédiés à l’une ou l’autre de ces associations, c’est la fondation qui les répartit ensuite.

Un monde à part
Premier à ouvrir une porte sur ce monde à part, Nicolas Clément est depuis longtemps un bénévole engagé. Engagé au Secours catholique. Il a dirigé Emmaüs Solidarité et préside aujourd’hui Un ballon pour l’insertion et le Collectif des morts de la rue. « Les Français pensent souvent que tout le monde peut finir dans la rue et devenir SDF, ce n’est pas si vrai que ça. Beaucoup ne sont pas insérés dès le départ et ont été dans des familles d’accueil dans leur enfance », explique-t-il. En bon connaisseur des habitudes du monde de la rue, il explique combien il faut être patient, combien les progrès sont lents. Lents mais pas impossibles, voilà le message de cette soirée. Toute la question est de savoir comment réinsérer ces hommes et ces femmes en grande précarité. À Emmaüs Défi créé en 2007, Charles-Édouard Vincent, alias Charlie, un jeune homme à la tête bien faite (X, Ponts et Chaussées et Stanford), persuadé que « le travail permet de reprendre confiance en soi », a adapté les horaires de travail à ceux qui sont si loin du monde du travail.

Des initiatives nouvelles
Pour leur permettre de renouer avec le travail, il a imaginé le travail à l’heure pour tous ceux pour qui la marche est trop grande pour passer directement aux 35 heures. Ils peuvent commencer par travailler par exemple 4 heures par semaine. Il emploie aujourd’hui 170 personnes.
D’autres associations vont à la rencontre de personnes en marge. C’est le cas de celle du père Jean-Philippe
Chauveau, qui a été surnommé dans nos colonnes « le saint homme du bois de Boulogne », un bois qu’il parcourt depuis dix-sept ans à la rencontre des prostitués. Il a créé en 1998 l’association Magdalena. Après avoir aidé les toxicomanes et ouvert quatre maisons pour les accueillir, il veut en faire autant pour les prostitués et les
travestis du bois de Boulogne. Il essaie de les faire sortir de cet univers et va bientôt ouvrir une première maison pour accueillir sept d’entre eux et tenter de les réinsérer. L’évêque de Meaux lui a donné une maison au sud de Fontainebleau qui devrait être ouverte cet été. « C’est un laboratoire », estime Bénédicte Gueugnier, qui présentait aussi une dernière association qui veut aider les Roms.■

Pour aller plus loin : « Une soirée et une nuit (presque) ordinaires » de Nicolas Clément aux Éditions du Cerf, « Que celui qui n’a jamais péché » du père Jean-Philippe Chauveau aux Éditions de l’OEuvre.

« La Fondation financière de l’Échiquier, qui est abritée à la Fondation de France, est habilitée à recevoir des dons ISF et, bien sûr, des dons qui ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu » BÉNÉDICTE GUEUGNIER, PRÉSIDENTE DE LA FONDATION FINANCIÈRE DE L’ÉCHIQUIER

par Carole Papazian

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